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Dans ma boîte : « On apprend l’euskara »

Environnement
lundi 06 mai 2024

Xalbat Seosse Oxarango : « La langue est l'un des éléments importants de notre identité. » Crédit : XSO

Depuis quatre ans, Xalbat Seosse Oxarango, à la tête de sociétés de négoce et de fabrication de boissons basques, propose à ses salariés de s’initier à la langue basque ou de se perfectionner. Un levier à la fois de légitimité, d’intégration et de recrutement.

Une fois par semaine, Xabi Castorene, professeur d’euskara, dispense durant 1h30, de 13h00 à 14h30, son savoir sur les bases de la langue basque, l’euskara, à quatre salariés totalement débutants. À 15h00, il enchaîne avec un second groupe auprès de trois employés, déjà aguerris, qui désirent se perfectionner. Proposés par la direction des sociétés Egarri, Egarri Edariak et Eragin Fabrika, aux salariés qui le souhaitent, durant leurs heures de travail, ces cours de basque ont suscité l’engouement. Sept salariés sur les vingt de ces sociétés, basées à Bayonne et Ayherre, ont saisi cette opportunité.

« Je suis arrivé au Pays basque seulement depuis deux ans », témoigne Bastien, l’un des employés, originaire du Lot-et-Garonne. « Je trouve que depuis que je suis ces cours, je m’intègre davantage. Cela me permet d’aller plus loin, de découvrir une culture au-delà des clichés sur le Pays basque, ses plages et ses randos. Cela montre aussi aux autres ma volonté de m’intégrer, mais j’avoue que c’est une langue dure. Il faut apparemment au moins 7 ans d’apprentissage pour devenir bilingue. Un peu plus compliqué que l’anglais ! » plaisante-t-il.

« Nous nous devons que chaque salarié connaisse notre culture »

Xalbat Seosse Oxarango, le dirigeant de ces sociétés, affairé à l’aménagement, dans leurs nouveaux locaux à Ayherre, d’un atelier de production, lui, se réjouit. « Lorsque j’ai pris cette initiative, il y a quatre ans, de proposer ces cours, l’adhésion a été immédiate », souligne le jeune entrepreneur. Agé de 34 ans, celui-ci a lancé en 2015 sa société de négoce de boissons basques avant de produire son propre cidre, le « Kupela », puis des bières, des sangrias, de jus de fruits, de thé glacé... Originaire de Ayherre en Basse-Navarre, profondément attaché à la culture basque et l’euskara, langue qu’il a apprise à l’école et parlée au sein de sa famille, cet homme s’est attaché, au fil du développement de son activité, à faire vivre son territoire privilégiant l’embauche locale.

« Des bilingues, c’est cependant difficile à trouver », commente-t-il. « Actuellement 60% des salariés sont bascophones. Il était très important, pour moi, de proposer dès lors des cours de basque à ceux venant d’autres régions ou pays ou même ceux nés ici mais n’ayant pas eu la chance d’apprendre l’euskara. C’est essentiel pour les intégrer dans notre culture et notre identité. C’est aussi une question d’honnêteté et de légitimité. Nous vendons des produits fabriqués ou cultivés au Pays basque. Nous nous devons que chaque salarié connaisse notre culture dont la langue qui est l’un des éléments importants de notre identité », explique l’entrepreneur, qui tient à souligner pour autant leur ouverture au monde rappelant que 80% de leur CA est réalisé à l’international, dans 15 pays différents.

Un budget annuel de 10.000 euros

Convaincu du bien-fondé de cette démarche, ce dirigeant y consacre ainsi une enveloppe annuelle de 10.000 euros. Il reconnaît que la tenue de ces cours en pleine journée « casse » un peu le rythme de travail et perturbe parfois la productivité. « Mais on s’adapte. Le plus compliqué, c’est surtout pour les commerciaux qui, eux, sont beaucoup sur la route. Certains ont abandonné car ils n’arrivaient pas à intégrer les cours à leur emploi du temps. C’est plus simple pour ceux travaillant dans les bureaux », constate Xalbat Seosse Oxarango, qui continue à estimer que le jeu en vaut la chandelle. Il met en avant une intégration plus rapide des nouveaux venus et une cohésion plus forte entre collègues. Les cours sont aussi un argument pour attirer des bascophones dans l’entreprise en leur donnant la possibilité de parler leur langue avec des fournisseurs ou au sein même de l’entreprise. « Beaucoup d’entreprises utilisent l’image du pays basque pour vendre, mais derrière, ils s’en moquent », ajoute Xalbat Seosse Oxarango. « Ce n’est pas notre cas. Certains salariés de ce fait nous rejoignent, on le sent, attirés aussi par la culture de l’entreprise. »