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Décarbonation 2/10. Avec le BioGNV, la Nouvelle-Aquitaine sur les rails de la transition

Environnement
mardi 31 mars 2026
Par Yannick Revel

73 trains X73500 circulent sur les lignes TER du territoire néo-aquitain. Crédit : Région Nouvelle-Aquitaine

En Nouvelle-Aquitaine, les trains pourraient bientôt carburer aux déchets agricoles. La Région mise sur la conversion au BioGNV de certaines de ces rames pour décarboner le transport ferroviaire, prolonger la durée de vie d’un matériel vieillissant et structurer une nouvelle filière locale de méthanisation.

Pour anticiper les enjeux de demain, la Région Nouvelle-Aquitaine s’est dotée d’un plan ambitieux. Baptisée Neo Terra, la feuille de route place parmi les priorités, les questions de la transition écologique, de la souveraineté énergétique et de l’économie circulaire. Trois sujets au cœur du projet de transformation de centaines de rames de trains roulant aujourd’hui au diesel, et propulsées demain au BioGNV.

En France, 3.000 trains roulent au gazole. Parmi eux, certains sillonnent nos territoires de Nouvelle-Aquitaine et paraissent particulièrement adaptés pour subir une opération de conversion. C’est notamment le cas des trains X73500, modèle choisi pour réaliser le preuve de concept. « Nous en avons environ 70 qui circulent sur nos lignes », explique Matthieu Kerzenne, ingénieur à la direction des transports ferroviaires de la Nouvelle-Aquitaine. « Il y a urgence à agir car c’est un matériel roulant vieillissant dont la fin de vie arrive dans 10 ans ».

Une technologie mature

Pour décarboner le transport de voyageurs et ainsi rallonger la durée de vie de ces trains, la solution du BioGNV semble la plus adaptée. « On ne part pas d’une page blanche, c’est une technologie mature », estime Pierre Montauzé, chef de projet BioGNV chez GRDF. « Le retrofit a déjà été fait sur des cars, et les infrastructures existent », ajoute-t-il. En effet, plus de 40.000 véhicules roulent avec ce carburant végétal en France, dont 18.500 poids lourds. Sur nos trains régionaux, comme dans les bus, il s'agit donc de changer le moteur et le réservoir pour que le mode de transport deviennent vert.

Car passer au BioGNV permet de décarboner le transport de voyageurs mais il ferait aussi gagner 10 à 15 années supplémentaires de durée de vie à nos trains X73500. « Il faudrait des centaines de millions d’euros pour changer ces rames et électrifier ces lignes coûterait aussi très cher », souligne Matthieu Kerzenne. Un choix de raison dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint pour les collectivités locales. Mais aussi un pari d’avenir dans lequel la Région ambitionne de faire émerger toute une nouvelle filière.

Pour produire ce gaz nouvelle génération, la Région mise notamment sur la méthanisation. Avec ce procédé, les résidus d’exploitations agricoles (déchets végétaux et déjections animales) se voient transformés en gaz. En la matière, la Nouvelle-Aquitaine possède sur ces territoires, de nombreux gisements. En effet, la première région agricole du pays compte plus de 76.000 exploitations. « Nous avons les ressources et déjà un élan », se réjouit le jeune ingénieur. À ce jour, 74 stations de méthanisation sont déjà en service et 163 projets devraient aboutir prochainement.

Irriguer toute la Nouvelle-Aquitaine

Le choix du BioGNV, c’est aussi le pari de dynamiser les territoires ruraux en ayant un fort impact sur toute la filière agricole. « C’est un modèle d’économie circulaire avec l’installation de méthaniseurs partout sur le territoire », insiste Renaud Lagrave, vice-président de la Région en charge des mobilités. « C’est tout un écosystème à mettre en place pour irriguer toute la Nouvelle-Aquitaine ».

Si les conditions semblent réunies pour que les trains effectuent leur mue, le processus est encore long. La solution technique est validée mais reste encore à passer le cap des homologations, particulièrement exigeantes en matière de transport de personnes. « La prochaine étape consiste donc à fabriquer un prototype qui viendra valider les études de faisabilité, pour cela nous allons lancer un appel d’offres afin de sélectionner l’entreprise partenaire », détaille Matthieu Kerzenne.

Ainsi, la Région se positionne à l'avant-garde de cette nouvelle technologie et devient pilote pour des opérations concernant l’ensemble du pays. Car sur les 3.000 trains roulant au diesel aujourd’hui en France, l’immense majorité ne circulent pas en Nouvelle-Aquitaine. Les impératifs liés aux transitions (environnementales, sociétales, économiques…) deviennent donc des opportunités de marché, bien au-delà des frontières de notre région.

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