Décarbonation 4/10. Avec le BioGNV, le transport routier voit à long terme
Comme le groupe Olano, de nombreux transporteurs néo-aquitains se tournent vers le BioGNV pour leurs poids lourds. Crédit : Groupe Olano
En Nouvelle-Aquitaine, le BioGNV devient un levier crédible de décarbonation du transport routier lourd. À la croisée de l’énergie, de l’agriculture et de la logistique, la filière avance avec un argument central : une solution locale, immédiatement disponible, et pas exposée à la volatilité du gazole.
Élaboré à partir de la méthanisation des déchets agricoles et agroalimentaires, le BioGNV est un carburant renouvelable produit sur le territoire. En la matière, la Région Nouvelle-Aquitaine nourrit des ambitions et met en place des moyens importants. L’objectif final consiste à produire 100% de gaz vert, utilisé dans des usages divers : foyers des particuliers, industrie, mais aussi transport des voyageurs et des marchandises.
Sur le plan écologique, la solution du BioGNV paraît une évidence. Particulièrement adapté aux usages intensifs, ce carburant contribue à réduire de 80% les émissions de CO2 et de 95% des particules fines par rapport au diesel. Cependant, jusqu’à présent, deux freins principaux empêchaient sa généralisation : le coût financier et la disponibilité de la matière. Deux obstacles désormais levés et qui poussent certaines entreprises du secteur à se diriger vers ce carburant vert.
« L'essayer, c'est l'adopter »
La forte croissance se traduit par des chiffres éloquents. Le parc de camions BioGNV en France a été multiplié par plus de 6 entre 2018 et 2024. En septembre 2025, on dénombre dans le pays 40.600 véhicules roulant au BioGNV-GNV, dont plus de 25.500 véhicules lourds. Parmi les convertis, Giacomin et Fils fait figure de pionnier. Dès 2018, l’entreprise landaise teste la solution avec un premier camion. « Nous avons constaté beaucoup de bénéfices à l’usage ; le bruit est quasi nul et il n’y a plus aucune odeur d’échappement, ce qui constitue une réelle amélioration des conditions de travail pour le chauffeur », raconte David Giacomin, le directeur général. L’essai est alors transformé et d’autres camions acquis. Comme lui, d’autres entreprises de la région ont franchi le pas à l’instar du groupe Peixoto (Landes), de la société Pujol (Lot-et-Garonne), Benito (Gironde) ou encore du groupe Olano (Pyrénées-Atlantiques) pour ne citer que quelques exemples. Car le dirigeant landais en est convaincu, « l’essayer, c’est l’adopter ».
20% moins cher que le diesel
Les soubresauts géopolitiques de notre monde actuel ne vont pas contredire ce choix. La crise du Moyen-Orient bouleverse le transport et provoque une flambée des prix des carburants. Un effet délétère sur les entreprises qui voient ainsi leurs marges se réduire et leur rentabilité remise en cause. Face à cette volatilité des prix des carburants fossiles, le BioGNV présente un énorme avantage : il est produit localement. Résultat, les tarifs sont stables et affichent une différence importante puisqu’en moyenne, le coût du kilo de GNV est 20% moins cher qu’un litre de diesel. À cela s'ajoutent des politiques publiques volontaristes pour encourager le passage à l’acte. Au niveau national, la loi permet une bonification de l’amortissement ou encore une exonération totale ou partielle de la carte grise. Au niveau local, la Région Nouvelle-Aquitaine a également mis en place plusieurs mécanismes pour aider l’acquisition des véhicules propres ou pour subventionner la conversion du moteur vers le BioGNV.
Avec ce carburant écologique, la Nouvelle-Aquitaine entrevoit un vaste potentiel. En effet, la première région d’agriculture et d’élevage de France possède des ressources énormes et renouvelables constituant la matière première du BioGNV. Désormais, l’heure est à la massification, pour que ce carburant soit disponible partout et ainsi lever le dernier frein le concernant, celui de l'avitaillement.
74 sites de méthanisation
Actuellement, 74 sites de méthanisation injectent déjà leur gaz dans le réseau existant et 163 projets de sites futurs sont déjà en cours en Nouvelle-Aquitaine. La formule gagnante se doit de tisser un maillage associant les sites de production et les stations de distribution. « Il y a 380 stations publiques d’avitaillement en France, et autant de stations privées », précise Pierre Montauzé, chef de projet BioGNV Nouvelle-Aquitaine et Occitanie chez GRDF. « On a l’avantage d’utiliser des infrastructures existantes, il n’y a pas d'adaptation du réseau à faire pour recevoir le gaz vert issu des méthaniseurs ». Technologie mature, infrastructures existantes, bénéfices écologiques et tarifs avantageux à la pompe sont autant d’arguments pour convaincre les transporteurs. Peu à peu, les flottes de poids lourds se verdissent en optant pour un carburant local, gage d’une souveraineté énergétique et d’une économie circulaire pour nos territoires.